• Benjamin Mann

Visite de la coopérative Chamarel

Mis à jour : mai 18

Lundi 22 mars, j'ai pu visiter Chamarel, à Vaulx en Velin, une coopérative d'habitants unique en France puisqu'elle n'est composée que de personnes âgées de plus de 60 ans.


Histoire et valeurs

A l'origine, c'est un groupe d'amis de la région Lyonnaise qui voient leurs parents vieillirent. Ils ne souhaitent pas vieillir seuls et réfléchissent à une organisation qui leur permettrait de vivre ensemble.


Autour de ce projet initial, plusieurs valeurs clés apparaissent. D'abord, celle du partage, car pour vivre ensemble, il faut partager, mais aussi établir des frontières entre public et privé. Ensuite, celle de l'antispéculation. Les membres de Chamarel ne veulent pas s'enrichir avec leur logement. Au contraire, ils souhaitent que de tels projets soient accessibles au plus grand nombre. De plus, les membres du projet veulent concevoir un lieu de vie écologique et adapté aux besoins de la vieillesse et du partage.


Structure juridique et accompagnement

Afin de garder le contrôle sur la conception de l'immeuble, Chamarel choisit l'autopromotion. C'est à dire que l'association traitera directement avec les organismes financiers, la mairie, les architectes... Autrement dit énormément de travail pour des personnes bénévoles.


Afin de garantir les valeurs de partage et d'antispéculation, Chamarel choisit la forme de la coopérative d'habitants. Plus précisément, comme le projet se constitue avant la loi ALUR (2014) qui à mis en place le statu de coopérative d'habitants, Chamarel se forme en SAS coopérative. Cela permet à Chamarel d'acquérir un terrain et un bâtiment au nom d'une seule société (et non en tant que 16 ménages différents). Individuellement, chaque ménage est propriétaire et locataire. Propriétaire parce qu'il a acheté un nombre de part correspondant à la valeur de son appartement. Mais locataire car il paye une redevance à la coopérative, qui sert à rembourser les prêts, à constituer un fonds en cas de travaux, etc. De même, le ménage n'est pas pleinement propriétaire car il ne peut pas revendre son appartement à qui il veut. S'il quitte la coopérative, il se détache de ses parts, qui lui sont alors remboursées. Mais ces parts ne correspondent pas forcément à son appartement. Elles représentent seulement un apport financier pour tout le bâtiment. Ainsi, lorsque le ménage quitte la coopérative, le reste des coopérateurs peut choisir de "faire tourner les logements" : un ménage déjà membre de la coopérative peut s'installer dans le logement vacant. C'est ce qui se passe souvent au Village Vertical, à Villeurbanne, la première coopérative d'habitants en France depuis la renaissance du mouvement. Si un couple a un enfant, il peut emménager dans un T3 qui a été laissé vacant par un ménage ayant quitté la coopérative.


Bref, toute cette digression pour dire que, dans une coopérative, on ne décide pas seul de ce qu'on fait avec notre lieu de vie. Pour les nouveaux arrivants, Chamarel a un système de cooptation : les coopérateurs vont évaluer les candidatures tous ensembles et choisir celle qui s'intégrera le mieux dans le groupe.


Ce statut de coopérative a un rôle important. D'abord, il permet d'inscrire dans les règles de Chamarel le principe de non-spéculation. On ne peut pas revendre ses parts avec un profit. Lorsqu'un nouveau ménage arrive, il paye la même redevance que le ménage précédent. Deuxièmement, le statut de coopérative permet aux coopérateurs d'alimenter un fonds d'entraide. Celui-ci peut être utilisé lorsqu'un aspirant coopérateur n'a pas la somme complète pour racheter les parts des la coopérative. Ce fonds est alors utilisé. Ce sont tous les coopérateurs qui sont passés par la coopérateur qui auront contribué à aider ces nouveaux arrivants. Ce système permet à des ménages avec moins de ressources d'accéder à la coopérative.


A quoi ressemble la vie dans la coopérative ?

Globalement, l'objectif de Chamarel est tenu. Lorsque j'arrive, deux voisins discutent, un autre est au potager, puis lorsque je repars, un groupe arrive pour faire une activité ensemble, des voisins s'arrêtent pour discuter. Au jour le jour, la coopérative, qui est constituée en majorité de personnes seules, vit bien. Il y a une vraie sociabilité entre voisins, bien meilleure que dans les lieux de vie précédents des résidents, selon eux. Alors qu'est-ce qui rend ce lieu si "sociable" ? D'abord, le groupe. Porter un projet durant 10 ans ensemble soude forcément ses membre. Et comme écrit plus haut, les nouveaux entrants correspondent à la philosophie du projet.


Souvent, des évènements communs sont organisés : soirées conférences, projection de film, repas partagés. Mais, contrairement à certains autres habitats coopératifs, les habitants de Chamarel n'ont rien voulu rendre systématique. Ainsi, les repas en commun sont organisés selon l'envie de chacun, par exemple. Et les habitants ne souhaitent pas s'enfermer dans la coopérative. Ainsi, chaque mois, un spectacle ouvert au public est organisé (avant le covid, en tout cas). Des expositions de plasticiens extérieurs prennent place dans les parties communes et sont l'occasion de vernissages publics. Ou encore, Chamarel a des partenariats avec les écoles supérieurs d'architecture et des travaux publics de Vaulx en Velin (ENSA Lyon, ENTPE).


De plus, les espaces communs sont de vrais espaces de rencontre à Chamarel. La cuisine/salle à manger commune accueille les repas communs, les soirées cinéma. L'atelier de bricolage est un lieu d'entraide, le potager accueille les ateliers jardin. Et dans le reste des espaces communs, comme ils sont partagés, sont des lieux de rencontre : coursives avec bibliothèque commune, garage à vélo, cave commune, buanderie.

Les habitants voient les parties communes comme des extensions de leurs propres appartements.


La coopérative est donc un lieu de partage et de rencontre. Mais ces espaces communs ont aussi des avantages économiques. Au lieu d'acheter chacun une machine à laver, un sèche linge, une perceuse... on en achète deux ou trois pour tout l'immeuble. Certains n'ont même pas de four chez eux car ils cuisinent peu avec. Lorsqu'ils en ont besoin, ils descendent utiliser celui de la cuisine commune. Dans la même logique, l'immeuble comprend trois chambres d'amis. Au lieu d'avoir 10 m² en plus qui ne seront utilisés que quelques jours par an, on mutualise ces espaces pour optimiser leur usage. Ces économies d'électroménager et d'outils divers représentent un gain de place et, moins de place veut dire moins de surface à construire, donc une économie supplémentaire sur le coût du bâtiment.


La conception du bâtiment

Outre les espaces partagés, le bâtiment a été conçu en tenant compte du public âgé qui y vivrait et de leurs valeurs écologiques. Ainsi, la largeur des portes et des couloirs, la hauteur des plans de travail, des interrupteurs sont adaptés à des personnes en fauteuil roulant. Des douches à l'italienne ont été choisies.


De plus, le bâtiment intègre des matériaux biosourcés et une conception bioclimatique. En particulier, l'isolation du bâtiment est en botte de paille provenant de la Drôme. Et des enduits terre ont été appliqués sur certains murs intérieurs.

Le bioclimatisme consiste à choisir la forme et les matériaux d'un bâtiment de manière à optimiser le confort thermique de ses habitants. Ici, l'orientation au sud a été choisie pour maximiser les apports solaires en hiver. De plus, les grandes baies vitrées laissent rentrer beaucoup de lumière. Les enduits terre, relativement lourds, captent la chaleur du soleil et la restituent durant la nuit, pour plus de confort thermique. Et en été, ils régulent la température de l'air. La paille, un isolant lourd par rapport aux conventionnels polystyrène ou laine de roche constitue également une barrière efficace contre la chaleur en été. Pour autant, les grandes baies vitrées exposent les appartements aux surchauffes estivales. Face à cela, les résidents réfléchissent à installer des treilles végétales protégeant la façade sud en été.


Fiche technique :

Date initiale du projet : 2009

Emménagement : 2017

Nombre d'appartements : 16

Nombre d'habitants : 18

Typologie des logements : 14 T2, 2 T3

Espaces communs : Cuisine/salle à manger commune, buanderie, atelier de bricolage, local à vélo, trois chambres d'amis, cave commune, jardin et potager.

Les deux blocs qui constituent l'immeuble, orientés sud et sud-ouest
Le potager commun
Une bibliothèque commune dans la coursive à chaque étage
La salle à manger/cuisine commune
Cave commune : chacun a son espace mais la pièce est en commun
Garage à vélo
Atelier de bricolage

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