• Benjamin Mann

Semaines 3-5 : Genève - Zurich

Dernière mise à jour : mai 18

Et bien, ça fait trop longtemps que je n'ai pas écrit. Trop pris par les rencontres quotidiennes. J'ai encore du mal à équilibrer la collecte d'information et la capitalisation. Parfois je me cale quatre rencontres par jours et je suis simplement trop claqué pour écrire le soir.


En tout cas ces trois dernières semaines étaient pleines de rencontres, des personnes spéciales qui m'ont beaucoup appris. A Genève, j'ai d'abord rencontré Ali, mon voisin de chambre d'ami à la coopérative Voisinage. Un musicien qui vit dans l'improvisation mais arrive à garder son identité, son équilibre. Il m'a montré Genève pendant une semaine, parlé de ses nombreuses expériences, fait rencontrer les musiciens genevois, bien impatients de remonter sur scène. Des personnes vraiment pleines de vie font Genève. J'étais vraiment surpris par cette ville que j'anticipais immacualée, stérile et marquée par l'industrie bancaire. C'est le cas dans l'ultracentre, mais il existe toute un périphérie plus organique, parfois au bord du lac, comme le Paquis, quartier populaire. Quand on s'écarte du centre, très vite, on se retrouve sur des routes surélevées. Genève est tridimensionnelle, important certaines caractéristiques routières américaines. En allant du centre vers Meyrin, ville périphérique où je restait pendant une semaine, on passe d'abord des immeubles XIXèmes aux immeubles modernistes puis contemporains. Puis les espaces vides apparaissent, tantôt donnant sur une voie rapide en contrebas, tantôt sur une parcelle végétalisée chaotique, un tiers paysage. Et dans cette ville, des collocations d'artistes, des espaces alternatifs, des squats subsistent, à ma grande surprise. Mais tous les genevois à qui j'en parle me répondent avec nostalgie que ce n'est plus ce que c'était, notamment depuis 2007, où un procureur de droite à fait fermer deux squats emblématiques.


Malgré cela, Genève reste une exception en Suisse. Ville libérale, engagée quand le reste du pays, même romand, est plutôt rangé, fidèle au stéréotype.


Après Genève, direction Lausanne. Petite journée le long du Léman, durant laquelle je rencontre Eric, co-président de l'association Ecoquartier, à Lausanne. Eric est cycliste et fait le même trajet que moi. Ingénieur EPFL, il me montre le campus ultra équipé d'une école qui ne coûte que 600 CHF par an. Plus que le campus, c'est la ferme attenante à l'école qui m'intéresse. Financée par l'EPFL, elle est gérée par une dizaine d'agriculteurs, souvent diplômés de l'école en science de l'environnement ou en agronomie, et est un lieu d'expérimentation en permaculture et en biodynamie, en même temps d'être productive et commerciale. A Lausanne, mon cousin Gaspard et sa copine Mathilde m'hébergent. Quelques jours passés au bord du Léman, dans cette ville toute en verticalité, qui opère une sélection parmi les cyclistes, ne gardant que les plus motivés. Une retrouvaille d'élèves en programmation de Mathilde constitue ma première réjouissance sociale un peu alcoolisée depuis longtemps. Je me plaît bien dans cette ambiance de tension relâchée après le rendu final de leurs travaux. Gaspard me fait découvrir le Lavaux, zone viticole accrochée à la colline plongeant dans le Léman. La topographie zébrée de chemins agricoles et de routes et ponctuée de maisons vigneronnes préservées constitue un magnifique cadre pour ce footing. Le printemps est proche !


Mais pas trop non plus : lorsque je quitte Lausanne à vélo, il neigé la veille en haut de la ville (300 m de différence entre l'altitude du lac et le haut) et les toits sont encore blancs. Interpelé par une banderole politique accrochée à une maison (très commun en Suisse, où le public semble plus ouvert sur ses positions politiques), je m'arrête pour parler aux habitants. Il s'agit en fin de compte d'un habitat partagé tout récent, où vivent notamment un couple travaillant dans la restauration, qui m'expliquent l'histoire du Lavaux et le processus de vinification du vin Suisse, différent et souvent sous estimé par les autres pays viticoles. Après le thé, je repars sur le plateau, direction Biolay Magnoux. Trente petits kilomètres réalisés à allure d'escargot. Le smartphone, que j'utilise pour la première fois pour m'orienter en voyage à vélo, me distrait et casse mon rythme. En même temps, je prends plus le temps de photographier le paysage, ce que je n'arrivait pas à faire lors de mes précédents voyages, anxieux à l'idée de ne pas savoir où j'allais dormir.


A Biolay, je visite la coopérative MOUL2, un ancien moulin rénové en autoconstruction importante sur une dizaine d'années, et qui abrite maintenant 8 appartements, tous différents, tous personnalisés par leurs habitants. A MOUL2, je rencontre Antoine et Claudine, membres fondateurs de la coopérative et grands voyageurs, qui me racontent leurs voyages de deux et trois ans en Afrique et en Asie, ainsi que leurs treize années de vie en squat à Lausanne. Des expériences incroyables, et des personnes qui, elles aussi, n'ont pas peur de l'imprévu, et l'adoptent comme un mode de vie.


Le lendemain, je reprends la route pour Ste Croix. De nouveau 30 kilomètres, mais cette fois avec la montée à Ste Croix, 600 m de D+ qui m'amènent à l'entrée du Jura Suisse. Je repasse par des routes empruntées presque quatre ans plus tôt avec Karl et Jules lors de notre premier grand voyage. Je réfléchis à comment on a changé depuis cette période. On beaucoup moins peur de l'aventure, je pense. On ne le réalisait pas, mais on avait peur de beaucoup de choses, à cette époque. De ne pas savoir où dormir, par exemple. Aujourd'hui, nous improviserions bien plus, laissant le moment définir l'aventure. A Ste Croix, je visite Doma Habitare, une coopérative très originale architecturalement, avec une double peau fait de menuiseries récupérées. Malheureusement, les initiateurs du projet ont du mal à trouver des coopérateurs pour remplir l'immeuble. Le soir, je dors chez Mathias, un ami d'Antoine et Claudine. Avec son collocataire Olaf, ils ne mange que cru, et par terre. Une première pour moi. Aussi une première d'être dans une ambiance aussi méditative. Je suis un peu démuni.


Le lendemain, c'est la redescente vers Yverdon puis la remontée vers Fribourg. J'y rencontre Patrick Clémençon, rédacteur en chef de la revue Habitation, qui s'intéresse aux coopératives d'habitation en Suisse. Après les 70 kilomètres du matin, je fait 10 petits kilomètres dans la soirée, en direction de Zurich, où j'irai le lendemain, avant de m'arrêter, épaté, devant une maison typique du Fribourgeois allémanique : grande bâtisse en bois à la charpente sculptée, avec un jardin déjà magnifique mi-avril. Je me dit, pourquoi pas demander à dormir ici, n'ayant pas de plan pour la nuit. Manuela m'ouvre et me propose de dormir à l'intérieur et de manger avec elle et son mari Thomas. Une soirée simple dans une maison magnifique. Cela fait du bien, parfois d'être là en simple voyageur, de garder du mystère sur sa personne, ses opinions profondes. Chaque rencontre n'a pas besoin d'être une remise en question profonde.


Après cette nuit merveilleuse, je repars le matin dans la vallée gelée, atteignant Berne alors que la ville va au travail. Puis je continue avec entrain les 156 kilomètres et 1000 m de D+ jusqu'à Zürich, le long de la route 1. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait une journée aussi "sérieuse" - le fait que mon appareil photo n'ait plus de batterie aide... A Zurich, je suis reçu chez Peter, un personnage vif d'esprit et anticonformiste. Durant mes cinq jours chez lui, on parle de nombreux sujets, la soutenabilité environnementale, le politiquement correct, le logement, l'aventure. Peter m'emmène faire un tour de la ville dans sa Super 7, une vieille sportive anglaise qui attire les regards souriants. Une première pour moi, d'être de l'autre côté de ce spectacle automobile des voitures de collection. Une première aussi, d'être balancé autant, à 100 à l'heure dans les virages des forêts zurichoises.


Centre d'hébergement pour migrants Rigot, à Genève - les Suisses n'ont pas les mêmes standards architecturaux...

Vue sur la cité de Genève depuis les hauteurs de Saint Gervais. A droite, l'Usine, salle de concert-boîte de nuit, un des vestiges de la tradition d'occupation d'espaces à Genève.

Les Vergers à Meyrin (agglomération genevoise), où j'ai séjourné une semaine. En arrière plan, la crête du Haut Jura

Jardin-terrasse au Clos-Voltaire, un des bâtiments emblématiques de la coopérative étudiante La Ciguë, à Genève

Le bâtiment d'Equilibre à Soubeyran, isolé en paille au cours d'un chantier participatif

Entre Genève et Lausanne - vue sur le massif du Chablais, au sud d'Evian

It's a GOOD DAY on the bike

Visite impromptue de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne avec Eric, un cycliste croisé sur la route qui s'avère être membre d'une coopérative d'habitants et coprésident de l'association Ecoquartier Lausanne.

Comment limiter la démultiplication des pigeons sur le campus de l'EPFL ? Des étudiants architectes et ingénieurs se sont associés pour répondre à la question. Ils ont mi en pace ce nichoir où les pigeons viennent pondre, et où leurs œufs sont retirés chaque jour - quelques questions éthiques...

Librairie Gastéréa, juste au-dessus de la cathédrale de Lausanne. Atmosphère très particulière et très précise : juxtaposition de la pierre grise et des plantes vertes. La terrasse me rappelle un décor italien de bord de lac ou de mer Adriatique, notamment avec sa rambarde en fer forgé...

Plateau entre Lausanne et Yverdon les Bains. Je prends la route après la neige.

Coopérative MOUL2 - Biolay Magnoux. Chacun met la main à la patte pour aménager son logement, donc chacun décide de le personnaliser comme il l'entend. On ne voit pas ça tous les jours

MOUL2

Montée vers Sainte Croix depuis Yverdon les Bains

Visite de Doma Habitare après le neige. A 1100 m d'altitude, ça prend un peu plus longtemps à fondre. Architecture originale : une double peau faite de menuiseries de récupération protège la "vraie" façade

Lac d'Yverdon vu depuis Estavayer. Au fond à droite, le Jura Suisse

Viaduc de Grandfey au nord de Fribourg : la Sarine, que traverse le viaduc, définit le Röstigraben - la frontière culturelle entre Suisse Romande et Suisse Allémanique

Une magnifique double hauteur dans une vieille ferme de 1788 - mon lieu d'accueil impromptu pour la nuit entre Fribourg et Zürich.

Zwicky Süd, la dernière opération en date de Kraftwerk à Zürich. Kraftwerk fait maintenant dans le social, après une première opération à Hardturm qui regroupait un public éduqué de gauche. Choix qui implique des compromis sur la participation des résidents.

Petit tour en Caterham Super 7 - vitesse légèrement différente à mon pédalage

Passage obligé par la coopérative Kalkbreite - icône architecturale en terme d'habitat groupé et de parcelle compliquée sur la décennie 2010

Ausellungsstrasse - Zürich - ateliers d'artisans, de réparation de motos... Une chouette trouvaille lors d'une flânerie à vélo

Ateliers d'artistes, illustrateurs, architectes... le long d'Aargauerstrasse - Zürich

Masure entre entre Fribourg et Berne. Après le Röstigraben - la frontière linguistique et culturelle, l'architecture s'enrichit de détails. Les boiseries peuvent être taillées, des balcons sont construits. On se permet de faire dépasser le toit pour protéger les abords de la maison.

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