• Benjamin Mann

Semaine 2 : Chambéry - Genevois

Dernière mise à jour : mai 18

Après un arrêt de quatre jours chez des cousins à Chambéry, je suis reparti lundi 29 mars pour une nouvelle semaine chargée en rencontres.


Pas un grosse semaine à vélo en perspective, puisque je reste autour de Genève à partir de mardi. J'ai quand même roulé 80 km (et 800 m de D+) lundi. Parti le matin de Chambéry, je sors de la ville par une piste cyclable jusqu'au lac d'Aiguebelette, bordé par Aix les Bains. Matinée ensoleillée où je prends le temps d'apprécier les paysages. Le lac fait une belle rupture dans ce paysage de vallée encaissées. Pour éviter les grands axes, je rejoins Annecy en longeant les Bauges, passant par Cusy et le Pont de l'Abîme, qui surmonte un précipice d'une cinquantaine de mètres. Cette petite incursion montagnarde est assez pour revenir à des paysages ruraux, mais les voitures luxueuses, sign


e d'une richesse urbaine, se font tout de même voir. L'arrivée vers Annecy est l'occasion de superpositions intéressantes : les montagnes enneigées en arrière plan et le centre commercial au premier et, au sein de celui-ci, Biocoop et KFC. Le capitalisme engloutit bien vite les alternatives.

Pas facile le réveil
Lac d'Aiguebelette
Paysage des Bauges
Vue depuis le bien nommé pont de l'abîme
Le pont lui-même. En arrière-plan, le Trousset

Annecy centre m'apparaît comme une ville-musée. Le quartier est traversé de canaux et les vieilles maisons en pierre colorées abondent, ainsi que les arcades à leurs pieds. Je me demande si, à part pour attirer des touristes, il est vraiment intéressant de conserver la ville dans un état d'une certaine époque, si toutes les époques ne se valent pas.

Un peu de lutte urbaine
La ville-musée

Après une pause le bord du lac d'Annecy, je m'en vais retrouver Karine Farge, architecte et accompagnatrice en habitat participatif. Son point de vue est intéressant car elle amène une vision d'architecte. Après l'entretien, je reprends le vélo direction Présilly, où je passe la nuit au camping Le Terroir. En quittant Annecy, les routes se resserrent, le traffic est dense. On se retrouve dans un dédale de routes neuves, de ponts au-dessus de l'autoroute. Je me sens poisseux, enrhumé. Je suis à cours d'eau mais il n'y nul part où s'arrêter pendant dix kilomètres. La fin du trajet n'est pas agréable, à part pour un arrêt boisson au supermarché où je rencontre un vieux qui s'intéresse à mon voyage et me raconte ses expériences de randonnée.


Puis j'arrive à Présilly, au Terroir, un écolieu d'une vingtaine de yourtes, maisons légères en bois, tiny-houses. Je suis accueilli par Fabien, qui avait traversé les Etats-Unis à vélo en 2013 et est plus récemment parti faire un tour des alternatives monétaires en Belgique, en France et en Espagne. Puis je retrouve Denis, propriétaire du terrain, dont a famille est ici depuis au moins trois générations (son père est né ici). Denis a repris le camping en 2003 et, après dix ans, a voulu en faire quelque chose d'autre. Progressivement, il a laissé des caravanes rester plus longtemps, puis des yourtes ont été dressées. Aujourd'hui, le Terroir est avant tout un lieu de vie permanent, qui fait tout de même camping en été. Les membres du lieu payent pour leur bâtiment (yourte, caravane, tiny house) et décident collectivement de la gestion du lieu. On y trouve une cuisine collective, un atelier bois, un espace d'accueil qui fait office de coworking. Jusque récemment, le Terroir cultivait également 3ha de terres. Ils étaient autosuffisants en légumes et vendaient quelques produits sur les marchés locaux.


Denis me parle des difficultés de la vie en groupe, du fait que voir toutes ces tensions et ces conflits lui a donné envie de se former en psychothérapie (Gestalt thérapie). Beaucoup de personnes viennent avec une image naïve de la vie collective, en pensant être "le meilleur coopérateur" mais ne se connaissent pas vraiment car ils n'ont jamais été confronté a une telle forme de vie. Il parle également de l'attrait financier du lieu. Au Terroir, dans le Genevois très tendu en termes d'immobilier, rester dans une yourte coûte 200 à 300€ de moins qu'un appartement. Alors certains y viennent économiser en attendant d'investir, sans vraiment partager les valeurs du lieu ou le faire vivre. Il parle également de la question du revenu. Il a été beaucoup critiqué pour être propriétaire du lieu (même s'il a essayé de faire passer le lieu sous statut coopératif, et est en train de le transformer en SARL pour que chacun ait une part de la propriété) alors que la question du revenu reste tabou. Il me parle également du manque de compréhension pour le lieu de la part de la commune. Surtout, elle ne voit pas d'intérêt à faire émerger ce type d'initiative, quand de nouvelles personnes cherchent constamment à s'installer à Présilly, à faire construire. On est en effet au cœur de cette région entre Chambéry et Genève où campagne, villas et immeubles se superposent. Une région qui a changée depuis la moitié du vingtième siècle, avec l'augmentation du prix du foncier. Maintenant, de nombreux agriculteurs gagnent bien mieux leur vie en vendant leurs terres qu'en les cultivant.


Le lendemain, je rencontre Gudrun, une habitante du lieu et, coïncidence, une ancienne coopératrice du Village Vertical, à Villeurbanne, la première coopérative d'habitants en France depuis la renaissance du mouvement. Elle m'explique la vie au VV, qu'elle a quitté après trois ans. Circonstances de la vie, mais aussi désir de liberté. La vie en collectif, dans une coopérative comme le VV, demande beaucoup d'engagement. Aujourd'hui, elle vit en tiny house, 13m² au sol + une mezzanine. Un changement d'air car elle en est pleinement propriétaire et surtout car elle est au vert. Mais elle voit une continuité dans ses modes d'habiter. Aujourd'hui, dit-elle, la bataille est sur l'habitat léger. Beaucoup de communes ont encore une vision stéréotypique de ces projets, considérés comme des projets de hippies.

Après avoir aidé un peu au décrassage de l'ancienne cuisine commune, qui sera démontée, je repars direction Ferney-Voltaire, où je suis attendu pour la nuit chez Anne, qui fait partie d'un autre projet de coopérative. Traversée de l'agglomération Genevoise en fin de journée ensoleillée. Je passe la frontière sans même m'en rendre compte. Contraste avec toutes les mises en garde qu'on m'a donné. Bon, on voit quand même tout de suite qu'on est en Suisse : les panneaux, les pistes cyclables mieux pensées, le respect des feux rouges piétons. Ca me rappelle Zurich mais en un peu plus plat.


L'agriculture intensive sans tabou
Agricul-turfu
Les Great Plains genevoises

Je ressors de Suisse pour arriver chez Anne, qui me parle du contexte frontalier et de l'évolution de la région, où elle a grandi. En plus des banques, ce sont le CERN et les institutions internationales, de l'ONU et des grandes ONG, qui ont fait grossir l'agglomération. Elle me dit que les boulots de base sont mieux payés en Suisse, même en tenant compte de la vie plus chère. Qu'il n'y a presque plus de médecins ou d'infirmière côté Français, car ils sont bien mieux payés en Suisse.


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