• Benjamin Mann

Semaine 12 : Amsterdam - Berlin

Pas vraiment le temps d'apprécier le paysage : Amsterdam - Berlin en 4 jours. J1 : Amsterdam - Veluwe (forêt néerlandaise) - 100km. J2 : Veluwe - Osnabrück : 200km. J3 : Osnabrück - Wolfsburg : 210km. J4 : Wolfsburg - Berlin : 210km.


A la fin de mon précédent compte-rendu de voyage, j'avais écrit qu'Amsterdam m'avait un peu déçu. En roulant à vélo le long des canaux, je n'étais pas conquis par les façades. Les rues me semblaient moins intimistes qu'à Utrecht, les intérieurs moins intéressants que dans mes souvenirs...


Mais samedi dernier (29 juin), deux amis de Fontainebleau m'ont rejoint pour quatre jours. L'occasion de se balader le long des canaux, à pied cette fois. Là, ça m'a vraiment plu : les amis qui installent leur terrasses sur la rue, les petits jardins coincés entre les immeubles et les canaux, les arbres partout et bien sûr tous ces habitants de l'eau. Les bateaux, les maisons sur l'eau, toutes ces formes d'habitations semi-nomades qui m'intriguent beaucoup. Et d'avoir des amis avec qui partager mon enthousiasme pour ces endroits ne fait qu'en augmenter l'attrait. Pour les quelques jours de visites, j'avais prévu - pour changer - un tour à vélo de deux jours autour de la péninsule au nord d'Amsterdam. Malheureusement, j'ai cassé mon appareil photo la veille, tombant de ma poche alors que je sautais un trottoir, puis se faisant écrasé de manière tragique par un vélo et une moto...


Dimanche, on vise la côte proche de Schoorl, une soixantaine de kilomètres au nord-ouest d'Amsterdam. On sort d'abord par une zone plutôt industrielle, constellée d'éoliennes et de grandes structures couronnées d'une dôme de verre. Mathis trouve ça moche, moi étrange, César beau. Pluralité d'opinions.

Pour faire dans la symétrie...

En Hollande, on n'est jamais loin de l'eau et les concepteurs savent en tirer partie. En voyant cet étang en vrai, bordé de maisons magnifiques et sans doute hors de prix, on était tous les trois bouche-bée


Puis on s'approche doucement de la bande de forêt qui couvre les dix kilomètres d'hinterland avant la côte. Très vert, chaleureux, surtout en fin d'après-midi. Une des seules côtes de la journée puis on arrive dans un paysage lunaire, totalement différent. Dénudé, il n'y a que de l'herbe rase et quelques chevaux qui ont colonisé ces reliefs de sable. Les collines s'élèvent et s'écrasent de manière sporadique, d'une manière qu'on ne verrait jamais dans un paysage d'aune autre géologie.



Une piste cyclable chemine à travers cette zone si unique, et on passe quelques petites villes balnéaires avant de s'arrêter pour la nuit. On pousse les vélos 400m dans le sable - pas facile avec 20 kilos d'affaires sur le mien. On passe la soirée à discuter, apprécier le coucher de soleil, nous cuisinant nos pâtes emmitouflés dans les sacs de couchage. Le soleil décline et sa lumière se fragmente en toutes les variations visibles par notre œil. Les étoiles sortent et on s'endort.


Reliefs et micro-reliefs sur la plage


Le lendemain, sacs de couchages humides et sableux, nuit difficile pour certains, mais on repart de très bonne humeur, le sable dans les pieds, vraiment l'air des vacances... On traverse toute la péninsule en visant d'abord Schoorl, petite ville vacancière courue des riches familles de la Randstadt - la conurbation reliant Amsterdm à Rotterdam. Alternance de bois, de clairières abritant des chevaux, et de maisons aux toits de chaume. On engage dans les toilettes du café où on prend notre petit-déjeuner une conversation avec un comptable de l'Université d'Amsterdam Puis une trentaine de kilomètres de champs pas très agréables, même si ponctués de petites échoppes vendant limonade artisanale ou productions agricoles en libre-service. On arrive dans l'après-midi à Vendam, ville de pécheurs maintenant très touristique. Ca tape et certains membres du groupe ne se sentent pas de pédaler les trente kilomètres jusqu'à Amsterdam. On se dirige donc vers la gare de Purmerend, où on rencontre Alejandro, un musicien de la rue. Quelques bières et trois heures après, le train n'est toujours pas arrivés, on perds confiance en ce système - la seule défaillance vue jusqu'ici aux Pays-Bas - et on décide de rentrer à vélo. 30 petits kilomètres qu'on avale sans problème grâce à cette longue pause, à la bonne humeur, et à la température plus clémente.


Une dernière journée à Amsterdam et César et Mathis repartent déjà. Un séjour fort en émotion, plein de fous-rires, de bonnes discussions. Ca faisait longtemps et ça fait du bien.


Le lendemain, je ne sais pas vraiment où je vais. Je pourrais m'engager vers la Scandinavie et essayer de faire Danemark - Norvège - Stockholm - Malmö - Copenhague - Berlin en un mois mais je serais en train de me presser, de faire 140 km par jour. Et c'est surtout que j'ai envie de me poser. Je ne suis pas sûr d'avoir la même envie de bouffer de la coopérative d'habitant qu'avant. Mon frère habite Berlin et c'était censé être la dernière étape de mon voyage. Je me suis dis, pourquoi pas y passer quelques semaines de plus et vraiment creuser l'état de l'habitat coopératif là-bas ? Alors mercredi, je suis parti d'Amsterdam et, après un arrêt pour visiter un earthship à Almere, je roule jusqu'au Veluwe pour me trouver un coin où camper. Une petite pioche aux poubelles d'Aldi et je me suis trouvé gratuitement de la nourriture pour deux jours. Le lendemain, jeudi matin, je me dirige vers Zwolle, j'appelle mon frère, puis c'est décidé, je serais dans trois jours à Berlin. Je contacet des gens sur Warmshowers et mes deux nuits se dessinent. Ce soir à Belm, près d'Osnabrück, le lendemain à Wolfsburg, entre Hanovre et Berlin. Alors je fais mes affaires, rempli mon eau, puis je bombarde en sortant de Zwolle. En trois jours, tellement de paysages traversés. Bien sûr, 200 kilomètres par jour, c'est bien trop pour apprécier ou même réfléchir au paysage. La plupart du temps, je suis en train de me passer des chansons en boucle dans ma tête, et je suis obsédé par les kilomètres et l'effort - "ok, 16 kilomètres jusqu'à cette ville, tiens le coup puis on fait une pause de 15 min". Une sorte de course contre la montre car je ne veux pas arriver trop tard chez mes hôtes.


Jeudi soir, je reste chez Daniel, très amical, un bon dîner viande - même si mon estomac ne sait où donner de la tête, avec tout ce que je bouffe dans la journée (il le faut, puisque je dépense probablement 6000 calorie par jour). Puis un bon sauna dans son sauna fait maison dans une caravane. Le lendemain, vendredi, je repars en longeant le Mittelander Canal, qui m'amène jusu'à Hnovre via des chemin de terre, parfois casse-gueule au point de me vautrer la tête la première dans un flaque de boue. Heureusement, le canal est là pour me nettoyer. Je rentre dans l'agglomération d'Hanovre, je l'effleure par cette coulée verte qu'est le canal. Je m'arrête me baigner une nouvelle fois, il y a des jeunes qui se baignent, d'autres qui préparent une fête. J'aime bien cette position très extérieure de voyageur, de "passer-by", de ne pas me sentir concerné du tout par les évènement qui se déroulent. J'envoie encore un peu plus le long du canal avant de décrocher dans les terres pour rejoindre Wolfsburg, où je reste chez Fritz, un docteur qui, avec sa femme, sillonne à vélo l'Amérique, l'Europe et l'Asie depuis 10 ans. Une maison magnifique, des bières faites maison, une nouvelle nuit comateuse à cause de la fatigue. Et c'est reparti pour 200 kilomètres de plus. Jusqu'à Berlin cette fois. Je suis pressé de retrouver des endroits que je connais un peu, et des gens qui me sont familiers. Ce jour là, la température grimpe et je roule toute la journée sous le soleil. Tous les 35 kilomètres, je fais une pause de 15-20 minutes. Entre, je me mets en bas du guidon, je regarde le sol et je pousse sur les pédales en suivant la ligne blanche à ma droite. C'est sportif, pas touristiques. Mais la fin de journée est quand même magnifique, d'abord le passage par Rathenow, qui est au milieu d'une belle forêt, de Westhavelland, puis le passage dans la ceinture verte Berlinoise. Quelques cyclistes croisés au grés des kilomètres, que j'essaie de rattraper pour prendre l'aspiration, mais qui tournent toujours cinquante mètres après. Bref, samedi soir, 21:40, après 210 kilomètres et quelques errances de dernière minutes dans Berlin, j'arrive enfin chez mon frère, totalement lessivé, vanné comme on dit. Mais j'ai faim et ça c'est bon. Un petit repas Vietnamien et au dodo.


A la prochaine !

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