• Benjamin Mann

Semaine 11 : Bruxelles - Amsterdam


Mon itinéraire cette semaine


Au début de cette semaine, une grosse baisse de motivation. Ce la fait plusieurs semaines que je ne ressens pas le même enthousiasme à aller voir des projets d'habitat participatif et à rencontrer des acteurs du secteur. Je ne sais plus vraiment vers où je me dirige et pourquoi je fais ce voyage thématique. J'ai peut-être trop d'idées, trop d'objectifs qui me distraient. Pendant quelques jours à Bruxelles, je suis assez perdu. A un moment, je décide de simplement partir à vélo vers les Pays-Bas, où sont mes prochaines étapes. C'est vendredi et je ne sais vraiment pas où je vais. Je me dis que je pédalerai peut-être jusqu'à Berlin, où vit mon frère, pour simplement avoir une base et réfléchir un peu. Ou bien simplement abandonner l'aspect enquête du voyage et vraiment me focaliser sur les espace que je traverse, en profiter à travers le dessin et la photographie. Je ne peux pas m'empêcher d'élaborer de grands plans dans ma tête avant même d'avoir commencé à faire quelque chose... Remplir une carnet de belles aquarelles alors que je ne suis pas sûr d'apprécier cela tant que ça, un portfolio de photographie très travaillées du voyage alors que je n'ai souvent pas la patience de même descendre du vélo pour prendre des photos (beaucoup de mes photos sont prises en roulant, sur le vélo)...


Malgré mon humeur assez sombre, je ne peux m'empêcher d'être touché par le paysage. Je sors de Bruxelles par l'est et m'engage dans le Brabant Belge. Après Haacht, je long la Dremer, une rivière, par une piste cyclable. Le soleil perce enfin après une semaine d'averses. Il est 19h et le paysage est doré par les rayons de fin de journée. Je suit la rivière qui serpente entre de petits bois et des prés sans culture, sans élevage. Je me dis "je suis vraiment dans un paysage stéréotypique de l'idylle campagnard". Les fleurs, le blé et l'orge sauvages, ces ouvertures entre les bois, quelques chevaux le long de chemins de terre... Tout semble assez parfait, et ce n'est pas pour me déplaire. L'architecture est également bien différente de la Wallonie (le Brabant est en Flandres), avec des maisons plus récentes, mieux entretenues. Urbanistiquement, on a de petits centres urbains puis les maisons suivent les routes entre les villages pendant plusieurs kilomètres. C'est une campagne très dense, et on fait rarement 500 mètre sans voir de maison.



Ciel/voie ferrée dans le Brabant. Malheureusement, je n'ai presque pas pris de photos dans cette région


Le retour à la réalité se fait au gré d'une énième averse. Je me réfugie sous la toile d'un bar - ceux-ci ont rouvert il y a quelques semaines en Belgique et les locaux s'en réjouissent évidemment. Je vais enfiler mon pantalon imperméable dans les toilettes lorsqu'un cri ivre s'élève de l'autre côté de la porte, puis on commence à taper. Je ne m'alarme pas puisque je n'entends pas le propriétaire dire grand chose. Il s'agît de Nand, un ancien employé du bar qui s'amuse bien ce soir, et qui a envie de partager. Je discute un peu avec le propriétaire puis Nand se joint à la conversation. Il s'essaye à quelques mots de Français, mais ce n'est pas son fort, surtout avec quelques grammes dans le sang... Très sympathique, il me propose spontanément de dormir chez lui lorsque je lui demande où camper dans le coin. Par contre c'est à 20 kilomètres et je ne compte pas rentrer en voiture avec lui au volant ! (Finalement on prendra le train). Nand m'invite à sa table et je rencontre ses amis, un peu plus réservé (ce n'est pas difficile), l'un mécanicien pour les voies ferrées locales, l'autre professeur de théologie au lycée local. Ils m'expliquent que je suis dans une des régions les plus pauvres des Flandres et que l'alcool et les drogues sont de gros problèmes chez les jeunes ici - si proche des plaques tournantes hollandaises. Je réalise aussi que la notion de distance des Belges est bien différente de celle des Français. Ici, si l'on étudie à 100 kilomètres de chez ses parents, on n'ira pas les voir très souvent - c'est loin. Même phénomène - inverse - chez certains américains, qui font 1h de voiture pour aller faire les courses... Le bar ferme à 22h et je raccompagne Nand chez lui, à Diets. Le lendemain, il ne se souvient plus de moi... Mais reste très amical. Une belle rencontre !


Un joyeux luron !


Je reprends la route vers Utrecht sans beaucoup plus de certitude quant à mon projet. La pluie tombe fort mais il est extrêmement agréable de traverser ces forêts humides, parfois peuplées de pins, parfois de chênes... Remarquable variété paysagère dans un si petit périmètre géographique. Je m'abrite quelques sur la terrasse d'une "frituur" - friterie, avec une grosse barquette de frites plus sauce curry. Je contacte une hôte Warmshowers - Cecile - qui accepte de m'héberger pour la nuit. Elle habite près de Tilburg, 20 kilomètres après la frontière. Je reprend le vélo dans une accalmie et arrive dans un paysage moins buccolique, plus agricole, avec de grandes étendues bordées de forêts toutes droites. La culture néerlandaise du vélo se fait sentir - de jeunes écoliers sont à vélo, tous seuls, entre deux villages distants de 5 à 10 kilomètres. C'est commun ici, et c'est bien moins dangereux qu'en France, avec des pistes cyclables bordant quasiment toutes les routes. Et ce sont de vraies pistes cyclables, séparées de la route pour un mètre de gazon.

Deux paysages différents par lesquels passe la piste cyclable - Brabant belge. Les photos ne le reflètent peut-être pas, mais l'atmosphère est complètement différente.


Je passe deux nuits chez Cecile, une grande voyageuse à vélo qui a roulé dans de nombreux pays d'Europe, toujours en autonomie, avec sa tente, sans crainte. Elle me raconte son épopée l'année dernière, commençant un voyage à vélo vers l'Asie centrale au début de la pandémie, traversant des frontières gardées par des militaires, avant de devoir abandonner car plus rien ne se passait - plus personne dans les rues, de nombreux magasins et services fermés... Pourquoi continuer dans ce contexte apocalyptique. On parle d'éducation et du fait de grandir, de mes doutes... On chante et Cecile nous accompagne à la guitare... De bons moments et une bonne journée de repos.



Les bonnes frites belges !


Le brabant néerlandais : de plus grands espaces, plus rectilignes

Cecile et son chien Meggy, 14 ans au compteur !

La petite maison de Cecile - il est typique aux Pays-Bas d'avoir une petite emprise au sold mais trois étages. J'aime bien le sentiment de coziness que cela créée. A chaque étage, une atmosphère différente.

Salon chez Cecile. On se sent presque dans le jardin avec cette grande ouverture


Lundi, Cecile m'accompagne 25 kilomètres en direction d'Utrecht. Ce jour là, je ne fais qu'une cinquantaine de kilomètres jusqu'à Culembourg, où je souhaite visiter l'écoquartier EVA Lanxmeer. D'autres hôtes Warmshower, Dick et Sandra, m'hébergent et me font visiter le quartier. Dick est géographe (physique) de formation et travaille à l'office national des canaux et rivières, sur l'adaptation au changement climatique. Il m'explique l'histoire des canaux, qui ont d'abord servi à réaliser les polders, ces terres initialement marécageuses qui sont asséchés pour y implanter des activités agricoles ou des villes. Une énorme part des terres néerlandaises ont été obtenues - créées - de cette manière. Aujourd'hui, un tiers des terres du pays sont sous le niveau de la mer, et elles concentrent 60% de la population du pays. La polderisation a d'abord commencé en creusant des canaux pour assécher les terres, puis il a fallu installer des systèmes de pompe, actionnés par les fameux moulins, avant que des systèmes plus modernes les remplacent. Avant que les Pays-Bas prennent leur forme actuelle, la première forme de taxe était dédiée au fonctionnement de ces systèmes de pompes. Il y avait des dizaines de milliers de systèmes de taxes, chacun pour un moulin en particulier, un polder précis.


Aujourd'hui, les Pays-Bas sont grandement menacés par le changement climatique. En effet, la polderisation, en asséchant des terres, les fait baisser. On a donc aujourd'hui des milliers d'hectares sous le niveau de la mer. Pour protéger ces terres, il a fallu construire des digues et des systèmes de canaux très élaborés. Aujourd'hui, le pays est menacé par la montée des eaux, mais surtout par l'augmentation des débits extrêmes du Rhin. La menace vient de l'intérieur.


En parallèle à cet impératif d'agrandir le pays, la polderisation a eu l'effet de faciliter le transport de marchandises et de transformer les Pays-Bas en un grand pays commerçant. Aujourd'hui, on voit bien l'impact de ce phénomène. D'abord, les canaux sont partout et rythment le paysage, le définissent. Puis la richesse se voit bien dans la qualité architecturale constante. Sur tout mon voyage en Hollande, je n'ai presque pas vu de ville "moche" ou mal planifiée. Tout semble équilibré, bien sûr pensé pour les vélos et les piétons, l'architecture préservée...


Place centrale de Kerkhoven

Mouton dalmatien ?

Une des nombreuses vieilles voitures bien préservées aux Pays-Bas

Vue sur 's-Hertogenbosch ("Bois le Duc" en français) au loin. Il pleut !



Place centrale de Zaltbommel


En sortant de Zaltbommel

Moulin typique à Culembourg


Après Culembourg, je fais une quarantaine de kilomètres jusqu'à Utrecht. Là, les premiers canaux urbains me rappellent mon voyage à Amsterdam en 2015. J'ai le souvenir d'une ville aux nombreux appartements chaleureux, au milieu d'un hiver bien froid, et de ces canaux qui laissent la ville respirer. Utrecht me rappelle cela, en plus petit. A Utrecht, je reste chez Willem, un météorologue qui travaille à une activité insoupçonnée : le pari sur l'énergie. Willem travaille dans une entreprise qui achète à l'avance les droits à l'énergie dans différents pays. L'entreprise essaye d'acheter l'énergie lorsqu'elle est à bas prix et de la revendre plus cher. En anglais on appelle ça "energy futures trading". La libéralisation du secteur de l'énergie amène de la complexité...


Après Utrecht, je me dirige vers Amsterdam en longeant la rivière Vecht. Pendant 50 kilomètres, ce ne sont que des belles maisons, des petits villages pittoresques, des moulins de carte postale. Puis l'arrivée à Amsterdam ne me marque pas plus que ça. En me baladant dans le centre, je ne retrouve pas la même atmosphère qu'il y a six ans (!). Ca me semble être moins cosy qu'Utrecht, trop touristique, trop international peut-être...


Un autre moulin typique à Wijk Bij Duurstede

Un drôle de tricot avec le coronavirus comme thème

And another old car !

Real American Car !

Des bâtiments qui laissent de la place à des petits jardins bordant le canal à Utrecht. Ca a l'air très cozy !

Une terrasse invitante dans le quartier de Buurland, à Utrecht, un complexe de deux longs bâtiments où les voisins ont organiquement commencé à mettre en place de plus en plus de commun, après que la municipalité ait coupé les haies pour prévenir des cambriolages

Vue le long de la Vecht

Canal life

Il y a quand même des architectures intéressantes à Amsterdam

J'adore cette cuisine - depuis laquelle je suis en train d'écrire

Une belle fin de journée. Trop beau !

Mes colocataires pour quelques jours

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