• Benjamin Mann

Semaine 1 : Ferrières en Gâtinais - Chambéry

Dernière mise à jour : mai 18

Il y a un peu plus d'une semaine, je suis parti pour le début d'un voyage à vélo dont j'ai parlé à quelques uns d'entre vous. Quatre mois à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, le Benelux et la Scandinavie, jusqu'en Norvège. L'idée est de voir des projets d'habitat originaux, et en même temps de découvrir de nouvelles contrées, de rencontrer des gens, de partir un peu à l'aventure quoi.


Mercredi dernier, c'était le grand départ depuis Ferrières-en-Gâtinais, accompagné de Jules et Noé. Première journée à 200 km qui est passée crème, bien au chaud derrière les deux ouvreurs. Une matinée calmée, comme on dit dans le milieu, à passer par Courtenay, Joigny, et l'arrêt obligé à Chablis, à mi-chemin, pour une dégustation de vin blanc. Le redémarrage était plus difficile, avec les cordes d'eau qui ont commencé à nous tomber dessus, et les multiples arrêts (on met le kway, on l'enlève, on le remet...) au gré des aléas météorologiques. Les 50 km de Chablis à Montbard étaient laborieux, mais après un arrêt chocolat chaud et viennoiseries dans une boulangerie là-bas, on est reparti requinqué pour les dernier 50 km de la journée. Là, en suivant le canal de Bourgogne, le paysage change, on entre dans de grandes vallées parsemées de bocages, des villages qu'on voit de loin, avec leurs clochers en flèches. Sous la pluie et dans la grisaille, on ne s'en rendait pas compte avec Noé, mais Jules, lui, sentait la puissance de ce paysage mystique. Puis après Venarrey les Laumes, le paysage change encore. On entre dans la vallée de l'Oze. Les pentes se resserrent, on se sent pris dans cette vallée. On n'admire plus les villages depuis le canal, on y passe, on voit le grés des maisons de près. Sensation fantastique de fin de journée humide mais chaude (pour la saison), d'une Bourgogne qui vit, par sa nature et ses paysages culturels. On finit à 200,25km, le contrat est rempli, accueilli chez la famille de Thomas pour une nuit de repos bien méritée.


Grand départ des winners
La croisière s'amuse
On fait moins les malins quand on s'arrête
Petite récup' à base de Chablis

Sombre Bourgogne

Le lendemain, après une nuit comateuse - on ne dort jamais bien quand on est trop fatigué - on décide à 15h d'avancer nos plans. On vise Cluny non pas pour le lendemain, mais pour la soirée même. C'est donc parti pour 140km à travers la Bourgogne sud. Les genoux et les tendons qui couinent de la veille, pas aidés par une montée à 10% pour commencer... Mais ça passe, la trio s'espace et se regroupe au fil du relief - dans les montées, je suis largué avec mes 20 kg d'affaires, sur le plat, la formation cycliste se met en route, avec de nouveau Noé qui ouvre sur des allures de 35-40 km/h sans forcer. Là encore, le paysage nous gâte. La descente sur Verrey sous Salmaise est magnifique, la vallée se prolongeant dans l'axe de notre itinéraire, parsemée de bosses. On rejoint le canal de Bourgogne, cette fois en suivant l'Ouche, avant d'arriver dans les côtes de Beaune. Monthélie, Meursault, Chassagne-Montrachet... Des vignobles emmurés tellement le pied de vigne y est précieux. La fin de la journée nous rappelle nos raids lycéens, dans la nuit, à la frontale, pas loin de l'hypoglycémie pour certains, les paroles se font rares et on se concentre sur la roue de devant. Pendant 60 km, on suit la voie verte bienvenue (mais pourquoi tant de barrières ?!) jusqu'à Cluny, chez Diane, où l'accueil bourguignon ne déçoit pas.

On se repose une journée dans la cité médiévale, l'occasion de rencontrer des personnages hauts en couleur et de comprendre un peu l'art de vivre bourguignon. On y est bien, tout simplement, en Bourgogne !


Vue sur la vallée de la Dioux, vers Savigny-sous-Mâlain
Les côtes de Beaune depuis Monthélie
Passage à Chalon à la tombée de la nuit. 2h de vélo dans le noir nous attendent
Cluny médiéval

Puis le lendemain, samedi, on repart direction Lyon. 100 petits kilomètres en passant près de Mâcon et en remontant la Saône. Une vallée assez industrielle, qui contraste avec les paysages romantiques auxquels on a été habitué. Mais le vent nous pousse toute la journée, et la morosité visuelle dure peu. Plus on s'approche de Lyon en remontant le fleuve, plus les villes deviennent riches et élégantes. Trévoux, Saint Germain au Mont d'Or et toute cette dernière vallée en arrivant sur Lyon sont magnifiques au soleil couchant. Une dernière montée et c'est l'arrivée à la Croix-Rousse, où on est accueilli dans la coopérative d'habitants du Groupe du 4 Mars. Aurore, Nils, et leur fille Naomi nous invitent pour le dîner, agrémenté de barbaque Lyonnaise et de spiritueux plus exotiques, qui en marquent certains plus que d'autres... Le lendemain, après un passage obligatoire au grand marché de la Croix-Rousse c'est le début à proprement parler de mon enquête, j'interviewe plusieurs habitants de l'immeuble pour mon blog. Et le soir, ce sont Lily et ses collocs qui nous accueillent dans une ambiance "chéper" mais très cool selon Jules. L'occasion de bonnes discussions. Le lundi et le mardi, je case le plus possible d'interviews, et de visites de coopératives. En trois jours, j'ai l'impression de passer d'une connaissance quasi-nulle à une maîtrise modeste mais acceptable de cette question. Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi stimulé intellectuellement. J'en dis plus sur mon blog, mais au fil des rencontres, je réalise que l'habitat coopératif est pour moi une porte d'entrée vers des questionnements bien plus larges que le logement. On touche à la politique, à l'histoire, à l'architecture, à la philosophie - notre manière de concevoir notre lieu de résidence...

Berzé le Châtel
Pont de Trévoux
Le mur des canuts, la Croix-Rousse
Lyon la nuit
Vue sur Lyon depuis la Croix-Rousse
Le marché de la Croix-Rousse

Mardi, je quitte Lyon, où j'ai dit au revoir aux deux acolytes, et je rejoins La Viorne, à une trentaine de km à l'est, où je rencontre des habitants de ce lieu, un des premiers habitats partagés en ville, qui date des années 80. Après une nuit dans leur chambre d'amis, je reprends le vélo pour Chambéry, où m'attendent les cousins pour quelques jours de repos. 85 km à travers la grande agglomération Lyonnaise. Une alternance entre centres périurbains, zones industrielles et terres agricoles éparses... J'ai beaucoup de mal à comprendre ces paysages. Qui sont les gens qui vivent ici ? Comment appréhendent-ils leur environnement. C'est aussi ce que je ressentais la veille, à La Viorne, qui est située à Villefontaine, une ville nouvelle des années 70-80. Les urbanistes ont voulu y créer des quartiers autonomes entourés de ceintures vertes. Mais le résultat est désorientant. Il n'y a pas de centre urbain, et on se perd même au sein des quartiers, avec leurs culs de sac, leurs rues en courbe...


Je sens que ce paysage fait partie d'un territoire plus grand, toute la zones qui englobe Genève, Annecy, Chambéry et, à l'ouest, l'agglomération Lyonnaise. Un territoire entre-deux car, à part pour Lyon, on n'est jamais dans un hypercentre urbain. Mais, pour autant, on n'est jamais loin d'une grande ville, et cela se ressent par les éléments périurbains mentionnés plus haut. Et en même temps, on entre dans les Alpes, et on trouve facilement ces massifs, la Chartreuse, les Bauges, le Bugey, qui sont sauvages, difficilement constructibles donc isolés, mais quand même à une heure maximum d'une centre de grande ville.


Après un court passage en Chartreuse, par les Echelles, je redescends sur Chambéry par la route Napoléon, avant d'arriver chez les cousins pour une demi-semaine de repos.

Ca fait maintenant quatre jours que j'y suis, l'occasion de faire quelques cols sans bagages, de marcher un peu en montagne et de bosser sur le blog.

Le Pont de Beauvoisin
Montée vers les Echelles
La Chartreuse

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