• Benjamin Mann

Rencontre avec Olivier David

Dernière mise à jour : mai 18

Lundi 22 mars dernier, j'ai pu rencontrer Olivier un des membres fondateurs et un ancien président d'Habicoop, l'actuelle Fédération Française des Coopératives d’Habitants. L'occasion d'un retour sur les débuts d'Habicoop, la cuture du logement abordable en France et le travail de plaidoyer pour la création d'un statut de coopérative d'Habitants.


Olivier David découvre l'habitat coopératif au début des années 2000, au Forum Social Européen où étaient présents des acteurs Sud et Nord Américains de l'habitat coopératif. Il comprend que ces projets sont "plus que du logement", pour reprendre le slogan actuel d'Habicoop. Ces projets citoyens d'habitat sont des projets politiques qui permettent de remettre le pouvoir de décision dans les mains des habitants.


En 2005, l'association Habicoop est formée avec l'appui de Michel Rohart, président de l’URSCOP (Union Régionale des Sociétes Coopératives et Participatives) Rhône-Alpes. Les inspirations viennent de Suisse (la CODHA), d'Allemagne (écoquartier Vauban à Fribourg) et du Québec, entre autre. De plus, le modèle de coopératives d'habitants d'Habicoop s'est beaucoup inspiré des coopératives de production en France.


Pourquoi les coopératives se sont-elles développées au Canada et en Suisse plus qu'en France ?

Car dans ces pays, l'Etat a relativement peu d'engagement dans la question du logement. Face à cette absence de provision de logement abordable se créent en Suisse des structures privées à but non-lucratif. Ce sont des associations de personnes qui, ensemble, choisissent de ne pas utiliser le logement pour s'enrichir.


En France, le mouvement coopératif - dans de multiples secteurs - était fort avant la Seconde Guerre Mondiale. Après la guerre, toutefois, l'Etat centralisé prend plus d'importance et décide de construire les grands ensembles. Aujourd'hui si critiqués, certains démontrent toutefois une réelle qualité architecturale et intègrent des éléments favorisant le partage, comme les coursives. Ils répondent à un idéal moderniste qui trouve toutefois rapidement ses limites, avec trop de rigueur dans la conception. Dans les années 1970 se développe le rêve de la maison individuelle avec jardin. La question du partage dans l'habitat est alors réduite à des initiatives marginales issues du mouvement de mai 1968.


Comment le projet d'Habicoop est-il reçu par les pouvoirs publics en France ?

Différents partis politiques abordent différemment la question. Le Parti Communiste y est opposé car il s'agît de propriété privé. Les écologistes sont en faveur de ce mouvement qui promeut souvent des immeubles exemplaires sur le plan environnemental.

En règle général, la classe politique ne s'enthousiasme guère pour la question de l'habitat coopératif car elle doute de la possibilité d'un mouvement citoyen à gagner une échelle significative. De plus, la question de l'habitat est vue comme un question de spécialiste.


Malgré ce faible intérêt au niveau politique national, les collectivités locales puis les bailleurs sociaux, vers 2011, s'intéressent au travail d'Habicoop.


En parallèle, des mouvements citoyens qui s'étaient ralentis durant les années 1990, années du capitalisme exacerbé, se relancent en voyant l'intérêt pour l'habitat coopératif. C'est le cas de l'association Ecohabitat Groupé, née dans les années 1970 sous le nom du Mouvement pour l'Habitat Groupé Autogéré (MHGA). Ces premiers mouvements étaient toutefois différents de l'habitat coopératif. Rarement réalisés en milieu urbain, la question de la non-spéculation n'était pas abordée, et beaucoup moins importante qu'aujourd'hui. Comme le suggère le nom du MHGA, ces projets cherchaient l'autonomie. Par contraste, Habicoop à très vite cherché à diffuser le modèle des coopératives d'habitants à travers des outils à disposition des groupes projets.


A travers un travail de plaidoyer auprès des ministères, une très bonne organisation des groupes locaux et une conjoncture politique favorable, Habicoop réussit à faire entrer dans la loi ALUR (pour un Accès au Logement et à un Urbanisme Rénové) de 2014 le statut de Coopérative d'Habitants.



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