• Benjamin Mann

Luc Schuiten et Archi-Human

Luc Schuiten est un architecte, dessinateur et utopiste. Dernièrement, il s'est intéressé à la question du sans abrisme en tant qu'architecte. Cela a donné le projet Archi-Human, qui fournit des studios aidés à des sans abris dans des espaces interstitiels non construits. J'ai pu rencontrer à Bruxelles l'architecte ainsi qu'Isabelle Schmit, chargée de mission pour Humah.

Dessin de Luc Schuiten imaginant un immeuble dans un chancre urbain à Molenbeek


Genèse du projet

Schuiten se questionne sur la question des sans domicile fixe. En tant qu'architecte, sa question est "simple" : comment fournir un logement, une architecture domestique à ces personnes ? L'architecte pense d'abo


rd à des constructions légères qui pourraient être installées dans des parcs ou des espaces végétalisés. C'est le projet Diogènes : DIOGÈNES – Cité Végétale – Luc Schuiten (vegetalcity.net). Même si ce projet n'aboutit pas, l'hébergement des sans-abris reste une problématique importante pour Schuiten. Il imagine actuellement pour la ville de Paris des abris camouflés dans des structures d'affichage culturel. Cette démarche me rappelle d'autre projets d'habitat légers, notamment le mouvement urbain des tiny houses (voir notamment Resilience through community North America - YouTube et We The Tiny House People (Documentary): Small Homes, Tiny Flats & Wee Shelters - YouTube) ainsi que les wagenburgs à Berlin et à Zürich notamment (Sur la « zone » de Kreuzdorf : habiter une Wagenburg berlinoise | Cairn.info).


Après Diogènes, Schuiten se focalise spécifiquement sur les espaces interstitiels et lance le projet Archi-Human (https://archihuman.com). Le projet reprend la méthodologie Housing First (Housing First - National Alliance to End Homelessness) qui met au premier plan le fait d'avoir un logement stable pour réinsérer les sans abris dans la vie active. Les locataires sont suivis psychologiquement. En Utah, la méthodologie Housing First a permis de réduire de 90%. Pour ce suivi, Archi-Human s'associe à des associations psychosociales, notamment Infirmiers de Rue, basés à Bruxelles.


Le deuxième pilier du projet est la construction écologique, qui répond à une conviction politique et à un impératif financier. En effet, dans beaucoup de logements sociaux, les charges peuvent être plus élevés que le loyer de base et mettre les locataires en difficulté financière. Un logement écologique diminue les dépenses d'énergie et allège ainsi la pression financière du loyer.


Enfin, le projet a une constituante urbanistique, car il vise à remplir des espaces interstitiels inutilisés, à les rendre vivants à travers le logement et à rétablir l'esthétique de la ville.


Mode opératoire

Les logements sont loués selon un contrat AIS (Agence immobilière Sociale). Ces Agences sont subventionnées par la région de Bruxelles. Typiquement, un tiers du loyer sera pris en charge par les pouvoirs publics. Mais si les logements ne sont pas occupés, l'Etat s'engage à couvrir la totalité du loyer. Cette démarche très avantageuse pour les propriétaires vise à réduire la vacance résidentielle - plus de 20 000 logements vides ont été dénombrés à Bruxelles par une association locale. Les locataires sont suivis psychologiquement.


Afin de réduire le prix du logement, Archi Human vise à installer ses bâtiments sur des terrains communaux loués selon un bail emphytéotique à 99 ans. L'association a commencé sa démarche en trouvant 320 terrains communaux vides et assez grands pour construire. Mais seulement 3 communes ont engagé des discussions sérieuses sur des projets. Actuellement, un bâtiment pour 6 personnes est prévu à Evere.


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Ci-dessous, deux vidéos de mon passage dans l'atelier de Luc Schuiten à Bruxelles. La première avec Luc Schuiten et la deuxième avec Isabelle Schmit, coordinatrice d'Archi Human.





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