• Benjamin Mann

Semaine 9 - Les Ardennes et Bruxelles

Arrivé à Metz mercredi soir, j'ai profité de la ville avec Jules, sa sœur Augusta et ses amis. Metz est une ville surprenante. De loin, je l'avais imaginé pauvre et grise - opinion influencée notamment par ma visite du Centre Pompidou Metz il y a quelques années, un bâtiment postmoderne au milieu d'une place minérale et d'un quartier mort. Mais cette nouvelle visite a totalement changé ma perspective. Metz est impose, avec ses bâtiments en grès jaune du XIXème siècle, la grande place laissée à la Moselle. Arrivé en fin d'une journée ensoleillée et nuageuse, on profite entre amis d'une soirée rooftop (littéralement sur le toit...). En deux jours, je découvre un peu de l'esprit Messin, très communautaire - tout le monde se connaît et se dit bonjour dans le centre - et détendu. Et quelques unes des merveilles naturelles du coin, dont le Mont Saint Quentin, bout de forêt d'où on domine la ville et l'arrivée ouest de la Moselle. Puis, vendredi, à 20h, c'est le moment de repartir en direction de Bruxelles avec Jules.

Metz minérale et fluviale

Faire l'autruche au Mont Saint Quentin

Metz nous met des étoiles plein les yeux

Petite après midi pèche sur la Moselle

Metz printanière et pluvieuse


On a un peu d'expérience en vélo et en pédalage de nuit (Jules qui a récemment aligné 290 km en une journée pour arriver à 3h du matin à Toulouse - moi qui ait voulu rallier, infructueusement, Strasbourg à Paris en une journée, en partant à 3h du matin...) et on sait qu'on aura notre dose d'obscurité ce soir. Mais pour les premières dizaines de kilomètres, c'est un magnifique coucher de soleil ennuagé qui nous accompagne alors que l'on suit la Moselle jusqu'à Thionville. Puis la géographie se resserre, la plaine devient vallons et les cuisses chauffent. On entre dans le bout des Ardennes. L'œil ne porte plus si loin mais l'on apprécie plus le prochain village que l'on a en ligne de mire en descente, et on se focalise sur la ligne de crête que l'on approche en montée. La fluidité de la véloroute fluviale est remplacée par le rythme répétitif du relief, qui enchaine l'effort-réconfort.


Puis vers 22h, alors que l'obscurité s'installe une fois pour toute, on entre à Dudelange, et sans crier gare, on est au Luxembourg. Pas de borne frontière, pas de changement toponymique, mais la typologie des panneaux routiers change, la qualité de la route et l'architecture aussi. Tous les deux, avec Jules, nous somme ébahis par les différences que l'on remarque. On peut sentir que l'on est dans un différent pays. Dudelange, petite ville de quelques milliers d'âmes au bout des Ardennes, a sa gare - et une bien belle gare. L'architecture, donc, utilise les briques. On a maintenant le luxe d'une bande végétalisée devant la façade de sa maison. Et les panneaux routiers sont un mètre plus bas, et certains sont illuminés. Joyeuse sensation de traverser ce petit état, de se sentir avaler la géographie administrative à chaque kilomètre, comme si l'on pouvait le manier, le mettre dans une boule à neige. La faim point le bout de son nez mais la fatigue se tient à distance alors qu'on enchaine les routes bordées de petits arbres fruitiers, les auras lumineuses d'Arlon et de Luxembourg au loin dans ciel. Notre conscience géographique en reste au minimum, nous laissant guidé par le GPS. Ce qui nous plonge encore plus dans cette immédiateté visuelle causée par la nuit. Roulant la nuit, on se rattache aux quelques signes illuminés : une ferme au loin, le profil d'une côte, les façades jaunis des bâtiments éclairés par les lumières des villages. Vers minuit, il commence à pleuvoir et nous abordons des pentes plus raides. On décide de faire halte pour la nuit après 80 km pédalés.


Sortie de Metz vendredi soir avec le Mont St Quentin au loin

Premiers remuements topographiques des Ardennes

Sandwich salvateur sur un rond point à 22h

Ca me fait penser aux industries que photographiaient Berndt et Hilla Becher - sans le même coup d'oeil...


Bivouac humide, terreux. Un matelas et un sac de couchage pour deux. L'un dort mieux que l'autre. Mais les deux sont de bonne humeur le matin, à 11h, alors qu'ils s'élancent pour 210 km jusqu'à Bruxelles. Le GPS leur fait gentiment emprunter un paysage bucolique et vallonné. On suit l'Eurovélo 3 qui, le long de chemin parfaitement pavés, nous fait traverser des champs vides, loin de quelque village que ce soit. Ce matin a une odeur d'humus humide, alors que l'on traverse de vertes forêts abreuvées par la pluie. Agréable sensation de vie, de fraicheur, malgré le relatif inconfort de l'eau qui rentre sous nos vêtements. Puis l'on rentre dans le pays de la Haute Sûre, dont on traverse le lac, et les montées deviennent plus rudes, les descentes plus rapides mais plus courtes. La fatigue musculaire point le bout de son nez, et il pleut toujours.


A Lutremange, on entre en Belgique après une descente du plateau vers une vallée étroite. Et là encore, la différence nous choque. Aucune frontière matérialisée mais les panneaux routiers bleus nous indiquent qu'on est maintenant en Wallonie. Ici, les briques sont usées, les joints mal rafistolés, des tôles couvrent certaines granges, les poules vont en liberté et le chien mouillé et sale est chez lui. La gadoue, la pluie. On sent la différence de richesse, et on l'imagine encore plus. Mais la Belgique me plait. Plus tard dans la journée, on traversera de petits villages dans des vallées boisées, où les maisons affichent ces babioles, ce bric à brac dont j'aime imaginer qu'il servira à une invention insoupçonnée, à une réparation ingénieuse. Romantisme du cycliste sans doute, mais n'est-ce pas une des infinies version de la réalité ? Après Lutremange, on approche doucement de Bastogne, où on s'arrête pour faire le point sur notre avancée. En 3h, on a fait 50 km, et 1000m de dénivelé positif. A ce rythme, on arrivera à minuit à Bruxelles... La pluie redouble d'intensité et, avant d'attaquer la route jusqu'à Namur au moins, on s'assied au Café des Sports pour nous faire des sandwichs. Et prendre une demi-pinte chacun... Puis une autre... Et bientôt l'esprit n'est plus tellement au défi sportif mais à l'échange humain. On discute un peu des Luxembourgeois et des Flamands avec Charlotte et Chantal, qui gèrent le café, et avec différents clients. Nous ne sommes pas les seuls à trouver les Luxembourgeois un peu froids. Autre généralité : "les Flamands travaillent plus que nous, les Wallons". En fin de compte, nos muscles détendus par les quelques degrés d'alcools nous pousseront jusqu'à la gare la plus proche, celle de Libramont Chevigny, quand, même à 40 km. Après une dernière grosse averse, nous arrivons au train où nous rencontrons quatre jeunes amis qui reviennent de quelques jours à vélos au Luxembourg. Ils nous expliquent les divisions historiques entre wallons et flamands et la montée de l'indépendantisme au nord.



Discussion sur les traditions locales avec les résidentes

Grange américaine - à la Wallonne

Diversité des paysages ardennais - la vallée des pins se succède aux plateaux dénudés


Vers 21h30, nous arrivons à Bruxelles Nord. Drôle de sensation, en sortant de la gare, de voir une ville animé presque comme avant le covid. Ici, les terrasses ont rouvertes et il n'y a plus de couvre-feu. On arrive dans une rue illuminée par les devantures des snacks et kebab, où les langues se mélangent et où ça parle fort. Les détritus mouillés par la pluie couvrent le sol. On est dans le quartier Brabant. Pour arriver chez notre hôte Laurence, on traverse la voie ferrée par un tunnel et l'atmosphère change complètement. Plus calme, on est maintenant dans une zone résidentielle, où les rues se resserrent, les pavés couvrent les trottoirs et les portes cochères abondent. Ancien quartier bourgeois dans lequel notre hôte a dégoté une maison de 4 étages maintenant partagée en une grande collocation. La grande entrée mènerait d'habitude aux différents appartements, mais ici, tout est mutualisé, au premier et au deuxième au moins. La cuisine occupe une place de choix, avec ses 4 mètres de hauteur sous plafond et sa grande baie vitrée qui donne sur un petit jardin emmuré de briques. Jardin où l'on se sent comme dans un cocon, a entendre les bruits de la ville tout en étant au milieu de cette verdure.


Après une bonne nuit de repos, nous profitons de notre dimanche pour visiter un peu Bruxelles. Nous nous dirigeons vers les Marolles, où on nous a conseillé le marché du Jeu de Balles. Marché de brocanteurs surtout maghrébins au milieu de ce quartier historiquement populaire. Nous nous plaisons à faire la conversation, à flâner dans le dialogue, comme un dimanche matin. Une matinée ensoleillée dont on connaît la précarité météorologique, mais qu'on apprécie pleinement dans son instant. Les Marolles sont toutes de pavés, de petits cafés-brasseries et, de plus en plus, de galeries. Ici comme ailleurs, on n'arrête pas la gentrification. Pour nous autres touristes, le charme n'en est pas amoindri. Nous descendons ensuite vers la place Stalingrad et tombons sur l'énorme marché de la gare du Midi. Foisonnement multiculturel sur un parvis tout d'asphalte plat, au milieu d'un carrefour en reconstruction. Le marché s'étend de part et d'autre de la gare, un grand village dominical à lui tout seul. Nous laissant porté par la légèreté d'esprit de quelques bières, nous remontons vers les Marolles, discutons masques africains avec un vendeur puis, avant de s'en rendre compte, nous avons passé l'après-midi dans cette même rue Haute, à déguster de grandes frites, à parler aux clients des bars... Nous revenons chez Laurence en zigzaguant un peu puis repartons vers nos prochains hôtes, où nous passons la nuit avant de se séparer. Lundi matin, Jules repart à vélo vers Lille tandis que je continue mes aventures Bruxelloises. Dont je vous parlerai prochainement...







Marché de la Gare du Midi

Marché du Jeu de Balles


Les Ateliers de Tanneurs - belle façade

A la Gare de Bruxelles Nord. C'est beige, lumineux carré mais les briques vernis ajoutent quelque chose... Atmosphère très spéciale j'ai trouvé

Photo volée au Marolles - street photography on point


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