• Benjamin Mann

Compte-rendu rencontres à Bâle

J’ai passé trois jours ensoleillés à Bâle, le début du printemps bien affirmé, qui ravit à merveille cette ville végétale – le Rhin la scinde en deux et une règle d’urbanisme oblige une bonne partie des rues à conserver un tronçon végétalisé entre les façades et les trottoirs, ce qui donne un rendu fort charmant, entre le parc et la rue minérale. Je me suis baladé quelques jours à vélo dans ces rues si particulières, rencontrant quelques acteurs d’un mouvement de l’habitat coopératif Bâlois en pleine expansion.

L es rues verdies de Bâle

1. Le projet LeNa - LeNa — Bau- und Wohngenossenschaft Lebenswerte Nachbarschaft — Startseite

L e projet d’aménagement du quartier Westfeld, à Bâle, où se situera LeNa

J’ai d’abord rencontré un des membres du projet LeNa, une coopérative d’habitants en construction dans l’ouest de la ville. La coopérative est née en 2015 à partir de l’idée de créer un quartier organique et vivant à Bâle. Les membres se sont beaucoup inspirés des idées de Neustart Schweiz – Redémarrer la Suisse (Nach Hause kommen - Lebenswerte Nachbarschaften (neustartschweiz.ch) – un mouvement lancé par Hans Widmer, un des fondateurs de Kraftwerk à Zurich. La grande idée qui motive les membres de LeNa, c’est de se dire qu l’on peut “sauver le monde” à travers le logement, et que l’on est plus efficace en groupe que tout seul. A travers le logement, la coopérative souhaite impacter les comportements des gens en matière de mobilité et de consommation de nourriture. Dans ce sens, la coopérative envisage d’obliger ses membres à souscrire à une coopératives paysanne locale.


Trouver le lieu et développer le programme immobilier

En 2015, la ville de Bâle organise une compétition pour l’aménagement du site d’un ancien hôpital. Pour répondre à la compétition, LeNa s’associe à une autre coopérative et forme Wohnen une Mehr (WUM - Logement et plus). WUM remporte la compétition pour le site en 2016 et se voit attribuer des “baurecht” – des droits à bâtir que l’on appelle en France des baux emphythéotiques et qui autorisent la coopérative à utiliser le site durant 99 ans, contre un prix modeste.


Sélection des habitants

LeNa a souhaité créer une communauté diverse socialement et économiquement. La coopérative se base donc sur des critères objectifs de revenus, d’âge. De plus, LeNa souhaite promouvoir les mobilités douces et réduire les places de parking. Elle sélectionne donc des personnes qui ne possèdent pas de voitures.


Construction de la communauté, conception participative

Des workshops ont été mis en place avec les personnes intéressées par le projet pour déterminer le programme – combien de logements, quelles aménités seraient intégrées au bâtiment, qu’est-ce qui serait mutualisé…

Les groupes ont travaillé avec les architectes dans la conception du bâtiment. A l’origine, le groupe voulait construire un bâtiment en briques de terre cuite pour minimiser l’énergue grise du bâtiment, mais ils se sont rendus compte que celles-ci étaienten fait plus polluantes que le béton de ciment conventionnel.


Données clés :

Date de création du groupe : 2015

Début de la construction : 2020

Livraison prévue : 2023

Nombre d’habitants : 160-200

Nombre d’appartements : 82 entre le studio et les appartements de 7 chambres, plus deux clusters de 203 m².

Etages : 6 étages


2. Stiftung Edith Maryon - Stiftung Edith Maryon – Zur Förderung sozialer Wohn- und Arbeitsstätten

L ’unthernehmen mitte, bâtiment propriété de la Fondation Edith Maryon, héberge ses bureaux.


Après cet entretien, j’ai rencontré Ulirch Kriese, de la Fondation Edith Maryon.

La fondation Edith Maryon cherche à retirer des bâtiments et du foncier du marché immobilier afin de les mettre à disposition d’habitants ou d’activités d’utilité publique. Les fondations sont une spécificité suisse. Tout comme les coopératives d’habitants, elle fleurissent car l’état est peu actif en matière d’immobilier abordable. Des partis privés compensent donc en partie le manque de la part des pouvoirs publics. Pour les coopératives d’habitants, ce sont souvent des membres de la classe moyenne ou moyenne-haute qui cherchent à acquérir un bien à prix coûtant pour y vivre avant de le remettre à un autre habitant à un prix modique – puisque le loyer ne suit pas le prix du marché. Pour les fondations, ce sont plutôt de riches individus qui font acte de philanthropie en dédiant une partie de leur patrimoin à une cause sociale. Bâle n’a pas l’histoire d’engagement ouvrier qu’a connu Zurich – et qui explique la forte présence des coopératives d’habitation dans cette ville. Toutefois, en tant que ville protestante, elle a une tradition du don. On a donc à Bâle de nombreuses fondations actives dans le milieu du logement.


La Fondation Edith Maryon acquiert du foncier soit à travers des dons directs ou en achetant des terrains avec son capital issu de dons. La fondation loue ensuite les bâtiments aux usagers à un prix couvrant simplement les coûts du bâtiment.


La fondation sélectionne les usagers du bâtiment mais ne s’implique presque pas dans le programme et la gestion du bâtiment, qui sont laisé aux usagers. Ce parti pris cherche à assurer l’indépendance des projets chapeautés par la fondation. Cette approche contraste avec celle d’autres fondations, notamment Stiftung Habitat, qui a été aménageur d’une partie du nouveau quartier Erlenmatt à Bâle (Erlenmatt Ost | Stiftung Habitat (stiftung-habitat.ch).

3. Matenstrasse 74/76 - Mattenstrasse 74/76 - Genossenschaft Mietshäuser Syndikat (mietshaeusersyndikat.ch)

Matenstrasse 74/76 est un ensemble d’immeubles autour d’une cour intérieure qui ont été rachetés par leurs habitants sus la forme d’une coopérative. Le bâtiment appartenait à l’origine à une riche propriétaire qui souhaitait le voir occupé par des artistes. Dans son testament, elle émit le souhait de voir ces personnes continuer à vivre dans ce lieu après sa mort. Mais quelques années après sa mort, l’association en charge de la gestion du bien a voulu détruire les bâtiments existants pour construire des immeubles plus grands. Les habitants se sont alors opposés à cette initiative afin de préserver cet espace unique et car les loyers augmenteraient après la reconstruction. Après cinq ans de combat juridique, les habitants ont eu l’accord des gestionnaires du bien pour racheter le lieu pour une somme de CHF 2,7 millions pour 16 logements. Cela inclut CHF 600 000 d’apports directs, qu’ils ont pu récolter de leurs propres fonds ainsi qu’à partir de prêts d’investisseurs privés et d’autres coopératives d’habitations.

La façade de Matenstrasse 74/76, décorée de banderolles militantes


Les habitants ont décidé de rejoindre le Mietshauser Syndikat Hauptseite - Genossenschaft Mietshäuser Syndikat (mietshaeusersyndikat.ch) (syndicat des maisons-appartements), une structure faitière qui rassemble pour l’instant 9 propriétés. Chaque propriété finance son propre bâtiment, mais une fois le lieu acquis, les loyers viendront nourri un fond commun qui permettra au Mietshaüser Syndikat de racheter plus de bâtiments – le but final du syndicat étant de “racheter la ville” afin d’en remettre la gestion dans les mains des habitants, et non des fonds de pensions et autres banques qui investissent beaucoup dans l’immobilier suisse.

L ’intérieur d’un des espaces partagés de Matenstrasse 74/76


4. Erlenmatt Ost – un quartier de coopératives d’habitants.

Erlenmatt Ost est un nouveau quartier développé par la Stiftung Habitat où ont été construit ou rénové 9 immeubles, dont 5 coopératives d’habitants. J’en ai visité deux : la Zimmerfrei et la Coopératives d’Ateliers.


Zimmerfrei :

La Zimmerfrei est un coopérative qui abrite une soixantaine de logements.

A l’origine, en 2012, c’est une dizaine d’amis qui veulent vivre ensemble en ville. Après plusieurs mois de recherches, ils tombent sur un appel à projet de la fondation Habitat pour le futur quartier d’Erlenmatt Ost. Cette offre leur convient car ils concourent pour un bail emphytéotique, le seul moyen d’accéder au foncier qui soit financièrement abordable.


Après avoir proposé un programme sommaire, qui inclut l’idée de la coopérative d’habitants, le groupe est sélectionné et doit organiser un concours d’architecture. Les grandes demandes du concours sont de construire un bâtiment économique afin d’ offrir des appartements accessibles à tous. La mutualisation des espaces et de certaines aménités répondent à cet objectif. De plus, la coursive extérieure remplace le couloir intérieur et permet d’économiser encore de l’espace. En fin de compte, l’espace utilisé est en moyenne de 38 m²/personne. Aujourd’hui, les appartements sont de 15 à 20% sous les prix du marché.


Données clés :

107 habitants dont 12 dans une collocation. 1/3 d’enfants.

Le bâtiment de la coopérative Zimmerfrei. Les habitants se sont rendus compte que le vis à vis de coursive à coursive rendait plus facile le fait de surveiller ses enfants ou de se rencontrer entre voisins


Coopérative d’Ateliers - Künstlerateliers Erlenmatt Ost (degelo.net)

La Coopérative d’Ateliers abrite une vingtaine de logements et se démarque par son public et son architecture. Comme le laisse présager le nom, elle est habitée exclusivement par des personnes ayant une profession artistique. Le bâtiment est particulier en ce qu’il ne contient aucun chauffage et aucune forme de climatisation.

L e bâtiment de la Coopérative d’Ateliers – pas de chauffage ni de climatisation


5. Zukunft Klybeck – plus de participation dans le futur quartier de Klybeck - ZUKUNFT.KLYBECK - Wir bleiben dran! Stadtentwicklung von unten. (zukunftklybeck.ch)

Zukunft Klybeck est une association qui agît pour plus de participation dans le projet de développement du quartier de Klybeck. Klybeck a hébergé pendant plus d’un siècle l’industrie pharmaceutique et chimique de Bâle. Avec le déclin industriel de la ville, beaucoup d’espaces sont maintenant inutilisés et les entreprises propriétaires des terrains ont décidé de les vendre afin de les aménager. Ces espaces sont énormes – actuellement, on prévoit d’y créer 20 000 logements et des commerces hébergeant 10 000 emplois. C’est toute une nouvelle partie de la ville que l’on créé. Mais Zukunft Klybeck estime que la consultation effectué par les développeurs du lieu laisse à désirer. L’association organise donc de son côté des consultations avec des publics peu touchés par les consultations conventionnelles. Et elle est à la tête d’une initiative pour implanter au moins 50% de logements en coopératives ou en fondations au sein du futur quartier.

Vue aérienne de l’état actuel du quartier de Klybeck

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